Mise à jour le 18 févr. 2020

Du centre d'éducation ouvrière à l'Institut de formation syndicale

En 1982, dans les "Études dédiées à Madeleine GRAWITZ" [1] , trois syndicalistes qui furent parties prenantes dans l’histoire du Centre d’Education Ouvrière écrivent :

 Il y a vingt ans, à peine, c’était une aventure risquée pour un professeur que de tenter d’introduire dans le cercle, ô combien clos, de la Faculté de Droit de Lyon, des syndicalistes ouvriers et mieux d’institutionnaliser cette volonté en créant un Centre d’Éducation Ouvrière. Vous avez eu ce courage, avec quelques rares collègues.
(Maurice Piolet, CGT - FO [2])

 Nous avons avec Madeleine Grawitz sinon un point de départ commun, au moins un point de rencontre commun. Je veux parler de l’éducation ouvrière qui dans la région lyonnaise associait les efforts d’intellectuels et de militants des syndicats. C’est comme cela qu’un dialogue constructif devait naître entre un militant CGT et un professeur.
(Lucien Marest, CGT [3]).

  Quoi de plus naturel, de plus évident que la forme de l’outil soit déterminée avant tout par son utilisation.
(Étienne Philibert, CFDT [4])
Ouvrir l’Université à l’éducation syndicale, surtout dans une période de guerre froide et de stratégies politiques tranchantes, constituait un projet singulier. Il se forma au milieu des années cinquante autour du professeur Marcel David, historien. Marcel David entendait rompre l’isolement respectif du monde universitaire et du monde du travail et, par l’échange du savoir tiré de l’expérience syndicale avec le savoir produit par l’enseignement et la recherche, créer une évolution qui dans l’ordre éthique et social valait reconnaissance du rôle joué par le mouvement syndical dans la société. Il s’agissait, au travers de la formation des militants, d’assurer la promotion collective du "monde du travail"

Marcel David crée le premier institut à Strasbourg en 1956. En 1957, la loi du 23 juillet instaure le congé d’éducation ouvrière et, en 1959, la loi du 28 décembre permet à des Instituts d’université ou de faculté de développer une activité dans ce domaine, parallèlement aux centres spécialisés des organisations syndicales.

C’est en 1963, après la création de l’Institut de Grenoble autour de Henri Bartoli et Gérard Destannes de Bernis, économistes, puis celui d’Aix en Provence avec François Sellier (sociologue) et Maurice Parodi (économiste), que naît le centre d’Education Ouvrière de Lyon. Madeleine Grawitz, professeur de Science Politique, en sera l’architecte au sein de la Faculté de droit, appuyée à l’extérieur de celle-ci sur de multiples collaborations syndicales et professionnelles, celles d’avocats en particulier, avec entre autres Mtre Paul Bouchet. Après Lyon, d’autres Instituts seront créés : en 1969 celui de Nancy, avec le professeur P. Collot, historien du droit, celui de Bordeaux avec J. Ghestin, professeur de droit (civil), en 1982, celui de St Etienne avec Françoise Vennin, maître de conférences en droit, celui de Rennes avec J. M. Lucas, littéraire.

A l’origine, le Centre d’Education Ouvrière constitue un département de l’Institut d’Etudes du Travail et de la Sécurité Sociale (IETSS) fondé par le professeur Brun au sein de la faculté de droit. C’est un accord conclu entre le directeur de l’IETSS et les représentants locaux de la CGT, la CGT - FO et la CFTC (à l’époque) qui crée le Centre d’Education Ouvrière. La CEO, agréé par le Ministère du Travail au titre du congé d’éducation ouvrière, recevra de celui-ci une subvention pour assurer son activité. Madeleine Grawitz en sera la première directrice, épaulée par Pierrette Rongère, Marie Claude Plantin, Josée Jeanneret, Bernard Dorel. Consécutive aux "évênements" de 1968, la réforme de l’enseignement supérieur institue des universités pluridisciplinaires. Le CEO, avec l’IETSS et la faculté de droit font partie de l’Université Lyon II. La partition ultérieure de cette Université, qui donne naissance à l’Université Lyon III, entraîne celle du CEO et de l’IETSS, le premier restant à Lyon II et le second à Lyon III [5]. Dirigé depuis 1969 par Pierrette Rongère, professeur de Science Politique, le CEO aura d’abord le statut juridique de service commun à l’intérieur de l’Université.

Par la suite, avec la loi de 1984 réformant l’Enseignement supérieur, il deviendra un Institut au sens de l’article 33 de cette loi [6]. A cette occasion, il change d’appellation : après avoir été brièvement dénommé Institut d’Education Ouvrière, il opte pour l’appellation d’Institut du Travail et de Formation Syndicale (ITFS). Cependant, avec le retour de l’IETSS à l’Université LUMIERE - LYON 2, pour éviter les confusions, l’un et l’autre vont changer leur dénomination en 1993. L’ITFS devient l’Institut de Formation Syndicale (IFS) et l’IETSS, l’Institut des Etudes du Travail de Lyon (IETL), consacrant de la sorte leurs missions distinctes mais pouvant s’avérer complémentaires. D’autant que Florence Debord succedant à Pierette Rongère en 1997, assure des enseignements à l’Institut d’Etudes du Travail de Lyon.